La Bavure

T'as tiré le premier, tu t'sentais menacé,
le voyou avait déjà mis la main sous sa veste.
Dans son blouson sanglant, sur son buste glacé,
de sa poche intérieure sortait encore les restes
d'un mouchoir en papier qu'il n'a jamais pu prendre;
il voulait se moucher, tu l'a buté. Dommage !
Il allait te flinguer, fallait bien te défendre
pas l'temps de prononcer les sommations d'usage.

Pauvre flic, t'as commis
une bavure de première
Aux assises, ce midi
Tu auras pas l'air fier.

Y aura cinq bons témoins, débarqués d'on ne sait où
qui jureront leurs grands dieux que c'est pas une bavure.
Et pourtant son seul crime, gravissime je l'avoue,
c'est d'avoir balancé par la f'nêtre d'une voiture
une douzaine d'œufs pourris qui ont atteint leur cible
traçant sur la banquette un superbe dessin
et causant de surcroît une frayeur indicible
au malheureux ministre assis sur les coussins.

Pauvre flic, t'as commis
une bavure de première
Je réclame ce midi
une peine exemplaire.

C'est vrai que les œufs crus, c'est dangereux, ça fait peur,
y a des tas d'microbes cachés dans la coquille,
mais leur effet sur l'homme est moins dévastateur
qu' les militaires en place, au Ruanda, en Bosnie.
A sa place finalement, comme symbolique message,
j'aurais sûrement déposé une jolie lettre piégée
où y a un diable sur ressort qui te saute au visage;
ou un bonbon au poivre, un tarpé empoisonné.

Pauvre flic, t'as commis
une bavure de première
des assises ce midi

T’es sorti libre comme l’air.