Dégringolade

Dans leur regard qui brille devant ces belles vitrines,
passe une lueur d'envie, vite masquée par les prix.
Oubliés les visons et les manteaux d'hermine.
Tout ce qui peuvent se payer, ca s'limite au mono-prix.
 
Ils squattent un vieux hangar, pas chauffé pour l'hiver,
des brins d'herbe y en a pas, sauf peut-être ceux qu'y roulent.
Autour d'eux rien que des tours, toutes pareilles, toutes gris-vert
et les sirènes des keufs, toutes les nuits qui déboulent.
 
Chômeurs, c'est leur métier. Tu peux pas comprendre ça.
Toi qui vient des beaux quartiers où la misère existe pas.
 
Sous prétexte équivoque de sauver ce qui peut l'être,
les assistants sociaux, psychologues de mes deux,
dans la zone désoeuvrée, tentent de faire la conquête
de jeunes beurs et de putes, toutes camées jusqu'aux yeux.
 
Dans la carcasse pourrie d'une vieille DS dix-neuf,
les amours tarifées, garanties pur SIDA.
Sous le porche discret d'un immeuble plus très neuf,
overdose ordinaire, la seringue dans le bras.
 
Paumés, c'est leur métier. Tu peux pas comprendre ça.
Toi qui vient des beaux quartiers où la misère existe pas.
 
La banlieue c'est l'enfer pour qui veut s'en sortir.
Pour le bout du tunnel, le chemin est trop long.
T'as beau dire c'est leur faute, ils ont qu'à réagir.
C'est facile de parler, vautré dans ton salon.
 
T'es jamais à l'abri, tu pourrais basculer,
d'être un privilégié, t'as pas la garantie.
Dans l'échelle des classes, n'importe qui peut reculer.
Tu n'es finalement rien qu'un snob de pacotille.
 
Clodo ce sera ton métier et tu vas bientôt piger.
Fini les beaux quartiers, fini de diriger.
 
Clodo c'est ton métier. Tu te relèveras pas.
Fini les beaux quartiers. La misère ? ben… la voilà !