Ode au pêcheur breton

Monsieur Le Quémeneur vient de partir en mer
Les vagues et le vent ne le soucient guère
Au loin, près du phare, on le distingue encore,
silhouette minuscule dans l'immense décor.
 
Monsieur Le Quémeneur croit en sa bonne étoile,
a coupé son moteur et navigue à la voile.
Silence entrecoupé des cris des cormorans,
du bruissement des vagues et des murmures du vent.
 
Monsieur Le Quémeneur savoure cet instant,
cette rencontre unique avec les éléments,
la communion totale, la solitude reine,
qui repose le corps et rend l'âme sereine.
 
Monsieur Le Quémeneur que l'exaltation gagne,
oubliant la traîtrise de sa fidèle compagne,
ne voit pas la tempête qui vient pour l'enlacer
et les lames de fond sur lui se fracasser.
 
Monsieur Le Quémeneur n'est pas rentré ce soir.
Dans les yeux de sa femme, il reste un peu d'espoir.
Sur le quai, son aîné scrute encore l'horizon,
glacé comme le silence qui pèse sur leur maison.
 
Combien de ces pêcheurs ne sont pas revenus.
leur maîtresse exigeante ne les a pas rendus.
Embrassés par la mer qu'ils ont tant désirée,
et qui pour les garder les a fait chavirer.