Rupture

T’as quitté la station depuis plus  de deux heures,

Calée dans ton train de nuit, tu t’éloigne de mon cœur.

Ton portable répond plus, ta fréquence est brouillée.

Je suis resté planté comme un con sur ce quai,

Triste d’avoir souri et de m’être moqué

De ton jardin secret où j’aurais pas dû fouiller.

 

D’accord ! c’était pas malin

D’fouiller dans ton sac à main,

D’autant plus qu’il était plein.

 

Mais ma triste nature, ma jalousie tenace,

M’a poussé à commettre l’irréparable hélas.

Je n’ai aucun excuse, j’ai trahi ta confiance.

Si seulement tu pouvais encore passer l’éponge,

Si tu savais Marlène dans quel abîme je plonge,

J’ai gâché mon avenir, laissé passer ma chance.

 

D’accord ! c’était pas très clair

D’interroger ta secrétaire

Sur tes absences et tes horaires.

 

Il y a le bruit des essieux dans ma tête qui explose,

Les traverses qui défilent devant mes yeux moroses.

Toutes les gares sont désertes et dans ton train de nuit,

Je t’imagine lisant ce roman de Flaubert,

Que pour Noël dernier ton fils t’avait offert,

Et qui ne t’inspirait qu’un indicible ennui.

 

D’accord ! c’était un peu moche

De chercher dans toutes tes poches

S’il y avait anguille sous roche.

 

Je voudrais être un mage, faire reculer le temps,

Pour changer ce détail, ce minuscule instant,

Où tout a basculé dans la nuit la plus noire.

Je suis comme un fantôme prisonnier du vent

Abandonné par tous, sûrement pour très longtemps,

Qui se retrouve errant dans une sombre histoire.

 

….

Franchement, moi j’trouve ça gênant

De trouver dans la boîte à gants

La liste de tous tes amants.